mardi 9 décembre 2008

Travailles, Consommes et crèves !!!


Peu importe nos croyances ou nos idées politiques, le système mis en place dans notre monde libre repose sur l’accord tacite d’une sorte de contrat passé avec chacun d’entre nous, dont voici dans les grandes lignes le contenu :

1) J’accepte la compétition comme base de notre système, même si j’ai conscience que ce fonctionnement engendre frustration et colère pour l’immense majorité des perdants,

2) J’accepte d’être humilié ou exploité a condition qu’on me permette à mon tour d’humilier ou d’exploiter quelqu’un occupant une place inférieure dans la pyramide sociale,

3) J’accepte l’exclusion sociale des marginaux, des inadaptés et des faibles car je considère que le prise en charge de la société a ses limites,

4) J’accepte de rémunérer les banques pour qu’elles investissent mes salaires à leur convenance, et qu’elles ne me reversent aucun dividende de leurs gigantesques profits (qui serviront à dévaliser les pays pauvres, ce que j’accepte implicitement). J’accepte aussi qu’elles prélèvent une forte commission pour me prêter de l’argent qui n’est autre que celui des autres clients,

5) J’accepte que l’on congèle et que l’on jette des tonnes de nourriture pour ne pas que les cours s’écroulent, plutôt que de les offrir aux nécessiteux et de permettre à quelques centaines de milliers de personnes de ne pas mourir de faim chaque année,

6) J’accepte qu’il soit interdit de mettre fin à ses jours rapidement, en revanche je tolère qu’on le fasse lentement en inhalant ou ingérant des substances toxiques autorisées par les états,

7) J’accepte que l’on fasse la guerre pour faire régner la paix. J’accepte qu’au nom de la paix, la première dépense des états soit le budget de la défense. J’accepte donc que des conflits soient créés artificiellement pour écouler les stocks d’armes et faire tourner l’économie mondiale,

8) J’accepte l’hégémonie du pétrole dans notre économie, bien qu’il s’agisse d’une énergie coûteuse et polluante, et je suis d’accord pour empêcher toute tentative de substitution, s’il s’avérait que l’on découvre un moyen gratuit et illimité de produire de l’énergie, ce qui serait notre perte,

9) J’accepte que l’on condamne le meurtre de son prochain, sauf si les états décrètent qu’il s’agit d’un ennemi et nous encouragent à le tuer,

10) J’accepte que l’on divise l’opinion publique en créant des partis de droite et de gauche qui passeront leur temps à se combattre en me donnant l’impression de faire avancer le système. J’accepte d’ailleurs toutes sortes de divisions possibles, pourvu qu’elles me permettent de focaliser ma colère vers les ennemis désignés dont on agitera le portrait devant mes yeux,

11) J’accepte que le pouvoir de façonner l’opinion publique, jadis détenu par les religions, soit aujourd’hui aux mains d’affairistes non élus démocratiquement et totalement libres de contrôler les états, car je suis convaincu du bon usage qu’ils en feront,

12) J’accepte l’idée que le bonheur se résume au confort, l’amour au sexe, et la liberté à l’assouvissement de tous les désirs, car c’est ce que la publicité me rabâche toute la journée. Plus je serai malheureux et plus je consommerai : je remplirai mon rôle en contribuant au bon fonctionnement de notre économie,

13) J’accepte que la valeur d’une personne se mesure à la taille de son compte bancaire, qu’on apprécie son utilité en fonction de sa productivité plutôt que de sa qualité, et qu’on l’exclue du système si elle n’est plus assez productive,

14) J’accepte que l’on paie grassement les joueurs de football ou des acteurs, et beaucoup moins les professeurs et les médecins chargés de l’éducation et de la santé des générations futures,

15) J’accepte que l’on mette au banc de la société les personnes agées dont l’expérience pourrait nous être utile, car étant la civilisation la plus évoluée de la planète (et sans doute de l’univers) nous savons que l’expérience ne se partage ni ne se transmet,

16) J’accepte que l’on me présente des nouvelles négatives et terrifiantes du monde tous les jours, pour que je puisse apprécier a quel point notre situation est normale et combien j’ai de la chance de vivre en occident. je sais qu’entretenir la peur dans nos esprits ne peut être que bénéfique pour nous,

17) J’accepte que les industriels, militaires et politiciens se réunissent régulièrement pour prendre sans nous concerter des décisions qui engagent l’avenir de la vie et de la planète,

18) J’accepte de consommer de la viande bovine traitée aux hormones sans qu’on me le signale explicitement. J’accepte que la culture des OGM se répande dans le monde entier, permettant ainsi aux trusts de l’agroalimentaire de breveter le vivant, d’engranger des dividendes conséquents et de tenir sous leur joug l’agriculture mondiale,

19) J’accepte que les banques internationales prêtent de l’argent aux pays souhaitant s’armer et se battre, et de choisir ainsi ceux qui feront la guerre et ceux qui ne la feront pas. Je suis conscient qu’il vaut mieux financer les deux bords afin d’être sûr de gagner de l’argent, et faire durer les conflits le plus longtemps possible afin de pouvoir totalement piller leurs ressources s’ils ne peuvent pas rembourser les emprunts,

20) J’accepte que les multinationales s’abstiennent d’appliquer les progrès sociaux de l’occident dans les pays défavorisés. Considérant que c’est déjà une embellie de les faire travailler, je préfère qu’on utilise les lois en vigueur dans ces pays permettant de faire travailler des enfants dans des conditions inhumaines et précaires. Au nom des droits de l’homme et du citoyen, nous n’avons pas le droit de faire de l’ingérence,

21) J’accepte que les hommes politiques puissent être d’une honneteté douteuse et parfois même corrompus. je pense d’ailleurs que c’est normal au vu des fortes pressions qu’ils subissent. Pour la majorité par contre, la tolérance zéro doit être de mise,

22) J’accepte que les laboratoires pharmaceutiques et les industriels de l’agroalimentaire vendent dans les pays défavorisés des produits périmés ou utilisent des substances cancérigènes interdites en occident,

23) J’accepte que le reste de la planète, c’est-à-dire quatre milliards d’individus, puisse penser différemment à condition qu’il ne vienne pas exprimer ses croyances chez nous, et encore moins de tenter d’expliquer notre Histoire avec ses notions philosophiques primitives,

24) J’accepte l’idée qu’il n’existe que deux possibilités dans la nature, à savoir chasser ou être chassé. Et si nous sommes doués d’une conscience et d’un langage, ce n’est certainement pas pour échapper à cette dualité, mais pour justifier pourquoi nous agissons de la sorte,

25) J’accepte de considérer notre passé comme une suite ininterrompue de conflits, de conspirations politiques et de volontés hégémoniques, mais je sais qu’aujourd’hui tout ceci n’existe plus car nous sommes au summum de notre évolution, et que les seules règles régissant notre monde sont la recherche du bonheur et de la liberté de tous les peuples, comme nous l’entendons sans cesse dans nos discours politiques,

26) J’accepte sans discuter et je considère comme vérités toutes les théories proposées pour l’explication du mystère de nos origines. Et j’accepte que la nature ait pu mettre des millions d’années pour créer un être humain dont le seul passe-temps soit la destruction de sa propre espèce en quelques instants,

27) J’accepte la recherche du profit comme but suprême de l’Humanité, et l’accumulation des richesses comme l’accomplissement de la vie humaine,

28) J’accepte la destruction des forêts, la quasi-disparition des poissons de rivières et de nos océans. J’accepte l’augmentation de la pollution industrielle et la dispersion de poisons chimiques et d’éléments radioactifs dans la nature. J’accepte l’utilisation de toutes sortes d’additifs chimiques dans mon alimentation, car je suis convaincu que si on les y met, c’est qu’ils sont utiles et sans danger,

29) J’accepte la guerre économique sévissant sur la planète, même si je sens qu’elle nous mène vers une catastrophe sans précédent,

30) j’accepte cette situation, et j’admets que je ne peux rien faire pour la changer ou l’améliorer,

31) J’accepte d’être traité comme du bétail, car tout compte fait, je pense que je ne vaux pas mieux,

32) J’accepte de ne poser aucune question, de fermer les yeux sur tout ceci, et de ne formuler aucune véritable opposition car je suis bien trop occupé par ma vie et mes soucis. J’accepte même de défendre à la mort ce contrat si vous me le demandez,

33) J’accepte donc, en mon âme et conscience et définitivement, cette triste matrice que vous placez devant mes yeux pour m’empêcher de voir la réalité des choses. Je sais que vous agissez pour mon bien et pour celui de tous, et je vous en remercie.

mercredi 5 novembre 2008

LA PASSION

1. Source de motivation

Le mot passion possède une charge affective exceptionnelle. C'est le premier mot qui nous vient à l'esprit pour justifier nos raisons de vivre : ce dont on a besoin c'est d'une passion de quelque chose qui nous motive, qui nous tire en avant, qui nous pousse à l'action. Sans passion on s'ennuierait. Les passions sont là au moins pour nous donner une occupation. Aussi confondons nous "passion" et "divertissement" : la passion c'est : aller au cinéma, faire de la danse, c'est aussi tomber amoureux, avoir envie d'aventure etc.

La passion est souvent recommandée. Elle est souvent vue comme moteur de la vie et de la motivation. J’évoquerai naturellement la passion amoureuse. Néanmoins, de nombreux aspects de celle-ci pourront aisément être explicites pour d’autres types de passions…

La passion amoureuse a naturellement un côté merveilleux. Elle contient ce potentiel d’élan qui fait vibrer. Ce type de passion a "un plus" par rapport aux autres passions car elle pousse deux êtres l’un vers l’autre avec une fougue qui ne s’encombre pas de la raison.

La passion est aveugle, naturellement. C’est, à la fois, un inconvénient et un avantage, comme je vais l’expliquer plus loin.

La passion est sans doute la meilleure chose "inventée" par l’homme pour amorcer une sortie de son ego et se libérer des limitations de son intellect. En effet, ce brin de folie a une valeur libératrice face aux enfermements intellectuels, trop raisonnables. Mais justement, aussi à cause de cela, elle peut également causer des destructions douloureuses… hélas !

2. Reprenons au début
Un être humain a bigrement de difficultés à accepter la différence des autres… Oh ! Certes, nous n’arrêtons pas d’évoquer le droit à la différence, nous nous offusquons face au racisme et à l’intolérance. Tout ceci est plus que louable ! Mais qu’en est-il vraiment ? Sommes-nous déjà seulement capable d’accueillir la différence des êtres qui vivent sous notre toit ? Oui ? Oui et non ?

Ce sont souvent les êtres que nous aimons le plus que nous écoutons le moins ! Comment se fait-il ? Simplement nous pensons tellement bien les connaître que nous ne songeons même pas à vraiment les écouter. Dès qu’ils commencent à parler, nous imaginons déjà la suite pour répondre à leur demande (celle que nous avons imaginée, mais pas forcément celle qu’ils exprimaient !)
Plus nous croyons connaître l’autre, moins nous savons l’écouter car la conscience que l’autre est " autre " nous échappe en permanence.

La différence fait un peu peur non pas parce que nous sommes des monstres, mais peut être parce que si nous ne sommes pas "pareils", alors nous nous sentons seuls, en danger, sans appartenance.
Alors nous compensons cette insuffisance d’existence personnelle par notre ego qui nous conduit à faussement nous affirmer et à trop souvent faire de l’ombre à l’autre. Judicieuse béquille… mais encombrantes conséquences. Alors la vie est maligne (nous sommes inconsciemment très malins). La passion vient à notre secours !

3. Un male pour un bien
Remarquons curieusement que le mot passion signifie "douleur". Voilà une surprise, « Nespa » !
Mais en fait, le passionné souffre. ça lui fait mal ! Il vit une douloureuse alternance d’euphorie (quand l'objet de la passion est là) et de manque (quand l'objet de la passion n'est pas là). Aïe !

Avant la passion, l’être humain est égoïste. Il s’est consolidé en développant des moyens de "profiter" de la vie sans se soucier des autres. La personne égoïste ne souhaite de mal à personne (ni de bien d’ailleurs). Mais elle se moque totalement des conséquences sur autrui que causeront les avantages qu’elle s’octroie à elle-même. Bien que ce ne soit pas son projet, cela peut la rendre très nuisible à son environnement.

Alors la passion vient à point. Celui qui ne pense qu’à se faire plaisir va ici découvrir quelqu’un à qui faire plaisir. Mais dans la passion, ce quelqu’un n’est pas tout à fait quelqu’un ! Il est l’objet de la passion.

Ce qui caractérise le passionné par rapport à l’égoïste, c’est que l’égoïste ne pense qu’à lui alors que le passionné ne pense qu’à l’objet de sa passion. Pour l’environnement, ça ne change apparemment pas grand chose, car il reste complètement inconscient des autres. Mais la situation est fort différente.

Regardez, quand vous lisez un livre qui vous intéresse, vous allez vous aménager des moments pour profiter de votre lecture, mais vous continuerez à prendre soin de vous, vous n’omettrez pas de manger et de dormir. Il en va tout autrement si l’ouvrage se met à vous passionner : Vous sauterez vos repas, vous vous coucherez très tard pour le finir. A ce moment votre lecture est alors devenue plus importante… même que vous-même ! C’est ça la passion. Dans la passion amoureuse, c’est aussi cela… mais à la puissance 1000.

L’égoïste, grâce à cette passion, cesse d’être égoïste. Il n’est toujours pas conscient des autres, mais au lieu de se vouer à lui-même, il se voue à l’objet de sa passion. Évidemment ça ne change rien pour les autres autour. Mais pour lui le changement est d'importance car il cesse d'être tourné vers lui seul.

4. Un serre joint à défaut de prise rapide
Quand nous collons deux pièces de bois, il est nécessaire de les maintenir serrées en attendant que la colle prenne. Pour cela on utilise ce qu’on appelle un serre-joint ! Si on le défait trop tôt… les pièces se décollent !

La passion joue un peu ce rôle ! Désolé si l’exemple n’est pas très romantique ! Je ne suis pas le dernier à être sensible à la poésie, à l’amour et à tout ce qui permet de l’exprimer. Mais là, il y a une nécessité de vie et de développement de l’être humain qui est juste au niveau du serre-joint.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas l’amour qui fonde un couple. L’amour n’y est que potentiel. Il y est ressenti comme une promesse à venir qui donne tout son sens à cette rencontre. Mais au début il ne s’agit pas d’amour: Il s’agit de besoin de l’autre. Un besoin de l’autre qui contient une promesse d’absolu. Alors tout devient consacré à cet "autre" exceptionnel.

Incapable encore de s’ouvrir à la différence de "l’aimé(e)", ni à la richesse de cette différence, le besoin de l’autre joue le rôle d’un serre-joint en attendant la prise du ciment d’amour ! L’amour est une colle d’un type particulier. Il permet à ceux qui s’aiment (qui ont dépassé le stade amoureux) d’être unis par une dimension qui les rapproche sans jamais altérer ni leur liberté, ni leur intégrité, ni leur respect de l’autre. Cela ressemble sans doute à une sorte de cinquième dimension où le sentiment n’est plus un lien, mais une profonde ouverture à l’aimé(e).

L’amour n’est certainement pas un lien, mais plutôt une ouverture, un respect, un partage, une grande considération et reconnaissance… il s’y trouve des délices plus grands et plus fulgurants que dans la passion, que ce soit au niveau de la sensualité, de la communication, du partage. Ne pas confondre avec la pulsion, le désir et l’amour qui sont des éléments très distincts dans la vie d’un couple, mais tous importants.

La passion, elle, est bel et bien un lien, un attachement, une dépendance. Les circonstances y sont vécues dans un fabuleux élan… mais aussi dans une certaine irréalité qui empêche de s’y trouver vraiment comblé.
Ce lien, parfois, décrié par les amateurs de liberté, est une incontournable nécessité. En faire l’économie c’est ne pas trouver la liberté. C’est comme ça que j’ai vu des gens si "attachés à la liberté" qu’ils n’ont jamais fait l’expérience d’être libre !

Le fameux "ciment d’amour" ne semble pas être à prise rapide. Si la passion disparaît avant que l’amour ne soit à point… alors les pièces se détachent… et partent chacune de leur côté. C’est ainsi que certaines personnes expérimentent plusieurs "collages" infructueux. La difficulté pour la fois suivante étant qu’il reste toujours des traces de colle de la tentative précédente…Ce n’est pas ici l’objet de développer ce sujet, mais je rappellerai juste qu’on est vraiment libre qu’une fois réconcilié. Ceux qui finissent une histoire ne pourront en démarrer une autre pleinement que s’ils sont libres de la précédente… et ils ne seront libres de la précédente que parfaitement réconciliés.

5. Une judicieuse cécité
Partons du principe que la passion est réciproque. Ce n’est malheureusement pas forcément vrai. Vous avez sans doute remarqué que les histoires d’amour de notre littérature sont pleines de ces situations où l’un aime l’autre qui ne l’aime pas qui lui-même aime un autre qui ne l’aime pas non plus qui …etc.

Mais assez souvent, heureusement, nous trouvons des amoureux réciproquement amoureux. Dans ce cas ils bénéficient tous deux d’une judicieuse cécité. Pourquoi judicieuse ? Et bien elle permet de ne pas voir la différence de l’autre. Ceci est judicieux car l’amour ne permet pas encore, à ce stade, d’accueillir cette différence.

Cette cécité va permettre à deux êtres de se côtoyer de très près, malgré leur faible capacité à accueillir la différence de l’autre. La situation est à la fois merveilleuse et cocasse : chacun est aveugle à la différence de l’autre (différence qu’il ne saurait pas encore accueillir) et en même temps chacun se cache un peu à l’autre afin de ne lui montrer que ce qui lui plait (pour mieux le séduire). Nous avons donc un aveugle qui rencontre une personne cachée. Il est évident que ça aide énormément à ne pas être gêné par la différence !

Mais c’est grâce à cela, si tout se passe bien, que l’ego va se défaire pour continuer à cheminer vers une plus grande considération de l’autre.

6. Le détachement de l’ego
A l’intérêt égoïste succède donc la passion. Puis quand la passion s’atténue (parfois même elle s’arrête d’un coup), ce qui était caché par la discrétion de l’un et par la cécité de l’autre apparaît.

A la passion succède alors la désillusion (réveil)! A la désillusion succède la déprime, premier niveau de conscience venant après des niveaux d’inconscience. Notez l’aspect remarquable du mot dé-primer. Primer c’est mettre en premier, déprimer
c’est ne plus mettre en premier.

Cela semble une catastrophe. Il est vrai que ce peut être extrêmement douloureux ! Cela va de la douleur parfaitement surmontable jusqu’à l’intolérable conduisant au suicide. C’est donc à prendre très au sérieux. Mais ce qui semble une catastrophe est en fait un réveil, pour ne pas dire une naissance de la conscience qui s’ouvre d’abord à soi-même, puis à l’autre.

Cette expérience du vide est une invitation à se combler en découvrant de façon plus précise la véritable origine de nos vides que jusque là nous ne faisions que compenser.

C’est une étape majeure au cours de laquelle un individu s’ouvre à lui-même. S’il est capable de rencontrer et d’accueillir ce qu’il trouve en lui, il devient ensuite capable de s’ouvrir aux autres et se retrouve libre de son ego.

L’affirmation de soi est très différente de l’ego. L’affirmation de soi est l’accueil de soi (c’est à dire de celui que nous sommes, de tous ceux que nous avons été et de ceux, dont nous sommes issus). L’ego (ce que l’on paraît) et la personnalité (ce que l’on joue) sont très différents de ce que l’on est (persona = masque de théâtre).

L’ego et la personnalité ne sont que des béquilles venant compenser le manque d’être et d’affirmation de soi, comme si ces manques dans notre structure psychique nous rendaient bancales. La béquille est salutaire, la déprime aussi. Elle signe le début de l’autonomie. Mais comme après un plâtre compensant momentanément une fracture, la phase de " rééducation " peut être longue et douloureuse. Cependant elle promet une délicieuse autonomie.

7. Couple, creuset de vie
Un couple est le lieu quasi magique de cette alchimie conduisant un être humain de l’inconscience de soi et d’autrui vers une conscience de soi et d’autrui. Comme dans le creuset de l’alchimiste, parfois ça chauffe un peu !

L’alchimiste n’a pas trouvé la pierre philosophale permettant de changer le plomb en or. Mais le couple a trouvé comment à partir de l’ego bâtir l’amour. Il y a certainement autant de différence entre l’ego et l’amour qu’il en a entre le plomb et l’or ! Et il semble que ça marche. Oh, certes pas toujours. De nombreux couples sont en souffrance. Mais de comprendre tout cela pourra un peu les aider.

Les enjeux sont même encore plus nobles. Très souvent un couple vit une aventure systémique.
C’est à dire que les problèmes de l’un sont exactement ceux qu’il faut pour aider l’autre à prendre conscience des siens (et inversement). Quand je dis "problèmes", je veux dire "les manques qui nous habitent" : toutes ces parts de celui que nous sommes, de tous ceux que nous avons étés et de ceux dont nous sommes issus qui n’ont encore pu trouver leur place dans notre structure psychique. Le couple est le lieu d’exception où cela peut s’accomplire.

Cela lui confère un aspect précieux où, curieusement, ce qui nous gène le plus chez l’autre est souvent la raison spéciale pour laquelle on a été inconsciemment vers lui plutôt que vers un autre. Ce que l’on reproche le plus, est souvent inconsciemment ce dont on est le plus demandeur !

Naturellement le couple n’est pas le seul lieu de l’existence où se produit cette maturation. D’autre situations comme les réussites et les échecs professionnels, l’aboutissement plus ou moins heureux de projets (maison, voiture, activité sportive…etc.), appartenance à un club…. Toutes ces circonstances aident dans ce même sens.
Mais le couple reste un lieu privilégié car très intime. Il s’y joue des enjeux subtils d’ouverture à l’autre, de découverte de soi.

8. Après la passion… l’amour
Un couple commence donc son histoire par la passion. Celle-ci a fait couler tellement d’encre (aussi hélas parfois un peu de sang).

Le piège est de croire que quand la passion diminue ou s’arrête, le couple est fini. En réalité ce n’est pas là qu’il finit, c’est là qu’il commence. C’est là que le mot Amour prend tout son sens : Passer d’un besoin de l’autre à une ouverture à l’autre.
Certains évoquent à tort, pour décrire cette mutation des sentiments, une sorte de passage d’un feu vivifiant vers une tendresse lénifiante. C’est sans doute qu’ils n’ont jamais franchi le cap.

Dans la passion le vécu est imaginaire et ne comble jamais. S’il semble vivifiant ce n’est qu’en comparaison de notre torpeur.

Dans l’amour le vécu est dans une réalité jusqu’au plus profond de soi et apporte un sentiment de plénitude. On n’y connaît plus le manque. La rencontre y est au delà de tout ce que peut s’imaginer un passionné.

Il s’agit alors d’une vie emplie d’ouverture à l’autre, de respect, de liberté mais aussi de sensualité. Une sensualité ouverte à la vie (par la vue, le toucher, le goût, l’ouïe…), une sensualité évidemment aussi dans la sexualité. Cette sexualité ne s’y vit plus dans le besoin de l’autre. Les trois composantes "désir, pulsion et amour" y trouvent leur équilibre pour offrir au couple s’aimant ce qu’il y a de plus grand à vivre.

Passer de la passion à l'amour, c'est passer de l'imaginaire à la réalité. C'est passer de la magie d'un feu d'artifice à la véritable fête qui le suit. La fin du feu d'artifice ne marque pas la fin de la fête mais son début.

La passion est comme une flamme qui nous attire en nous faisant croire que rien n'existe autour. Elle se vit dans l'imaginaire, mais elle est un fabuleux moteur vers la suite. Dans cette suite, la flamme de départ peut sembler dérisoire car l’amour, lui, est plutôt comme une étoile donnant naissance à des planètes. Il s'y trouve un monde habité où la véritable rencontre peut s'accomplir. Cette rencontre se vit dans la réalité et fait du quotidien une fête grandiose... si grandiose qu'elle en est illimitée.

La passion n'est ni mieux ni moins bien que l'amour. Ce sont des étapes différentes toutes deux importantes, dont l'une prépare l'arrivée de l'autre.

S'enfermer dans la première nous prive de la seconde.
Vouloir directement la seconde ne fait que nous en éloigner.

Consomme cette vision de vie sans modération, et quand tu arriveras dans ce carrefour,
n’emprunte pas le chemin de "je m’en fou" sinon tu te retrouveras dans le village de "si je savais" dans ce bled, l’oscurité est 100 fin… !


La Communication

L'illusion du miroir

Au fond, savons-nous clairement de quoi il s'agit?
On a tellement dit et redit, conversé et conférencé, formé et déformé, écrit et décrié... que finalement les doutes sont nombreux et légitimes. Parfois certains pensent même que l'art de la communication, c'est l'art de la manipulation. Or il n'en est rien, car quand il y a manipulation, ce n'est plus de la communication. Dans la communication il y a un grand respect de l'individu.

Dans la forêt des théories sur le thème de la communication, qu'est-ce qui est donc crédible?
Rien ne vaut l'expérience lucide, l'observation et le bon sens dans un esprit de respect et de liberté. Être ouvert à tout sans jamais ne s'enfermer en rien est le meilleur gage de progression et d'efficacité dans un esprit de liberté.


1. Pour vraiment comprendre l'autre

Écouter l'autre pour se mettre à sa place (tout en restant soi-même) est un leurre. Se mettre à la place de l'autre, ne peut permettre de le comprendre.

Cela fait penser à Narcisse qui, voyant son image se refléter dans la fontaine, croit voir une autre personne et en tombe amoureux. Puis, dans sa stupéfaction il en oublie même de boire et meurt de soif devant sa fontaine. Il fut alors transformé en la fleur "Narcisse" dont l'étymologie nous ramène au grec narké qui a donné narcose. La fleur était reconnue comme pouvant endormir même les divinités (Dictionnaire Larousse de la mythologie grecque et romaine de Joël Schmidt)

Celui qui s'adonne à l'empathie ne fait que du narcissisme relationnel. Croyant accéder à une compréhension de l'autre, il ne voit que lui-même... et encore! Il ne voit qu'une image erronée de lui-même. En effet, si plus tard il vit une situation équivalente à celle de son interlocuteur d'aujourd'hui, il vivra une expérience très différente de ce qu'il avait imaginé.

Plutôt s'ouvrir sans se mettre à la place
Se mettre à la place de l'autre est un "jeu" compliqué et dangereux.
L'autre s'y sent incompris (ça peut même le rendre agressif... ou déprimé!). Quand à nous, nous croyons l'avoir compris et nous ne saisissons que de l'illusion... ce qui en découlera sera donc inadapté. En plus nous nous chargeons d'un poids qui ne nous appartient pas en tentant de "ressentir" ce que vit l'autre.

Nous pouvons faire beaucoup mieux en nous ouvrant simplement à notre interlocuteur.
Plutôt que de nous mettre à sa place, nous pouvons mettre du soin à l'entendre exprimer ce qu'il ressent, pense, ou vit à la place où il est. En laissant notre imaginaire et nos hypothèses de côté, nous pourrons mieux le comprendre.

Notre imaginaire nous est cependant très utile pour être créatif. Notre capacité à émettre des hypothèses nous est aussi très utile dans la résolution de problèmes... mais à deux conditions: d'une part, avec une rigueur mathématique, nous ne devons pas confondre hypothèses et certitudes... d'autre part avant de conclure, apprenons à lire tout l'énoncé.

Une vraie qualité d'écoute s'opère de façon active. Il serait maladroit d'être passif et de simplement laisser parler. Il est plus efficace d'aider notre interlocuteur à exprimer ce qu'il a à dire grâce à des questions pertinentes, sans conditions de réponse, et non indiscrètes. Ceci amènera la précision et la concision optimum pour le plus grand bonheur de chacun.

Être distinct sans être distant
Ceux qui se préoccupent d'humaniser les rapports humains recherchent cette distance optimum un peu comme l'alchimiste recherche la pierre philosophale... ils semblent ne jamais la trouver et ils oscillent seulement entre le trop proche et le trop loin (c'est à dire entre le copinage et l'indifférence).

Ils ne la trouvent pas car le problème de la distance et trop simple pour les esprits compliqués: La bonne distance c'est PAS DE DISTANCE DU TOUT.

Le zéro de la distance produit l'infini de la qualité. Mais "distance zéro" ne signifie surtout pas "se mettre à la place". Car se mettre à la place, c'est aboutir à une sorte de fusion... qui amène la confusion. Si la bonne distance c'est pas de distance du tout, il est par contre fondamental d'être distinct.

Nous mettrons donc un soin tout particulier à ne pas confondre distinct et distant autant qu'à ne pas confondre proche et fusionnel

Être distant, c'est se mettre en rupture (se couper) de son interlocuteur. Il en résulte bien sûr qu'on ne le voit plus.

Se mettre à la place, c'est se mettre en fusion (ne faire qu'un) avec lui. Il en résulte alors qu'il disparaît et qu'on ne le voit pas non plus.

Pour voir l'autre, ce qui est important, c'est de s'individualiser. Être pleinement SOI face à quelqu'un à qui on accorde d'être pleinement LUI

2. Affectivité et chaleur humaine

La chaleur humaine sans l'affectivité
Il n'y a jamais assez de chaleur humaine et toujours trop d'affectivité.
Nous avons bien remarqué que l'excès d'affectivité est nuisible à la qualité de la communication, de l'aide et surtout de la psychothérapie (…).

Mais le problème est que l'affectivité et la chaleur humaine sont mal différenciées dans l'esprit de beaucoup de monde.
Alors pour se libérer de l'affectivité, malencontreusement, certains suppriment aussi la chaleur humaine... et le résultat est toujours insatisfaisant. Où alors, voyant que cela pose problème, ils reviennent à la chaleur humaine... mais réintroduisent l'affectivité.

— La chaleur humaine c'est quand on est ouvert à l'autre sans avoir besoin de lui.

— L'affectivité c'est quand on a besoin de l'autre ou qu'on a peur de l'autre. Besoin de lui pour combler un de nos manques, pour nous rassurer. Peur de lui quand il risque d'aggraver un de nos manques et de nous déstabiliser.

Bien différencier la chaleur humaine de l'affectivité, permet d'être chaleureux sans ambiguïté, et d'avoir une communication plus efficace et plus sereine.
Si on est thérapeute (à l’écoute), cela permet d'être plus efficace et plus rapide car un patient a besoin de la chaleur humaine de son thérapeute pour oser lui livrer ce qu'il a de plus précieux, intime, douloureux en lui. Mais il a besoin évidemment aussi que son thérapeute ne soit pas dans l'affectivité, sinon ça brouille sa recherche et peut même avoir des effets très néfastes.

3. L'empathie source d'affectivité

La chaleur humaine réchauffe alors que l'affectivité étouffe. Nous comprenons alors bien pourquoi l'affectivité est indésirable.
L'affectivité est d'autant plus indésirable qu'elle nous expose à l'envahissement. En nous mettant à la place de l'autre, nous nous exposons à ressentir une expérience qui ne nous correspond pas et pour laquelle nous ne sommes pas prêts.

Au contraire, en étant proche et distinct, nous sommes à même de comprendre l'expérience de notre interlocuteur, de nous enrichir de ce qu'il en a fait sans pour autant en subir la pression émotionnelle. Nous pouvons aussi mieux l'aider ou l'accompagner quand il vit une expérience douloureuse.

Nous devenons ainsi capables d'entendre cette expérience sans la dramatiser ni la banaliser. Nous devenons capables d'en saisir la juste mesure: celle de l'autre (qui n'a forcément que peu à voir avec la nôtre). Nous pouvons ainsi humaniser profondément notre communication qui s'ajuste à la réalité de l'autre.
L'inconvénient majeur de l'empathie est qu'elle produit au contraire une sorte d'état fusionnel, générant illusion, confusion et affectivité. Il n'en résulte aucune chaleur humaine, mais par contre beaucoup de stress et d'incompréhension.

4. Conclusion.

Le poids des mots
Au fond peut-être ne devons-nous pas attacher trop d'importance au fait qu'une chose, une idée, une attitude soit désignée par un mot plutôt qu'un autre. Au fond, ce qui importe c'est ce que nous en faisons! Les mots ne sont peut-être qu'une convention?

Les mots ne sont pas seulement une convention. Quand on les étudie, on peut remarquer que souvent ils contiennent dans leur étymologie, dans leur construction, un aspect profond de ce qu'ils désignent.

Se remettre aux commandes
J'ai bien conscience qu'avec cet article j'invite quelques personnes à se remettre en cause par rapport à l'empathie.

Mais se remettre en cause c'est se remettre aux commandes de sa vie. C'est ne pas croire ce qui est dit parce qu'on nous le dit (même si on prétend nous donner des "preuves"). C'est plutôt confronter ce qu'on sait à l'expérience et en mesurer l'efficacité sans complaisance.

Les remises en cause sont sources de progrès. Elles ne sont pas destruction du passé, mais ajustements, ajouts, discernement accru, enrichissement. Ce qui importe, ce n'est pas d'avoir raison. Ce qui importe, c'est que l'aide, la communication, la psychothérapie, l'accompagnement soient efficaces au delà des croyances de chacun.


Ankh Udja Seneb