mercredi 3 novembre 2010

L’Economie mondiale...

Après l’été 2007, la multiplication pratiquement sans limites de crédits hypothécaires en faveur d’acquéreurs de logements, insolvables ou quasi insolvables, a abouti à un effondrement du marché immobilier américain lorsque le doute s’est installé et que la demande s’est tarie. D’abord les logements bas de gamme, les fameux subprime, ont été frappés de plein fouet par la baisse, puis le reste du marché a suivi.

L’enchaînement des opérations a été le suivant : les propriétaires prenaient leur crédit à un courtier, qui le plaçait auprès d’une banque, laquelle revendait le crédit à une autre banque ou aux deux géants sous garantie publique, Fannie Mae et Freddie Mac, qui à leur tour se défaussaient en plaçant leur créance dans un MBS (Mortgage backed security), entité juridique à personnalité propre mais sans personnel, qui regroupait des « paquets » de créances provenant de multiples banques, déléguant à une autre banque le soin de collecter les mensualités. Les droits de propriété se trouvaient ainsi titrisés, c’est-à-dire partagés et fragmentés entre de multiples acquéreurs.

Le glas de la folie immobilière ayant sonné, des centaines de milliers de logements ont été saisis et continuent à l’être par les banques, et leurs propriétaires – et même leurs locataires – sont physiquement expulsés. Ce sont les banques en fin de chaîne qui ont engagé les opérations, en les déléguant généralement à des firmes d’avocats spécialisés surnommés les « moulins à liquidations ». Ceux-ci s’appuient sur des sociétés de traitement de documents, ou les traitent eux-mêmes. Les uns et les autres, afin d’éviter la faillite et d’agir le plus vite possible, ont pratiqué sans gêne la fraude la plus inimaginable, avec une incompétence et une négligence sans précédent.

La fraude pratiquée apparaît à quatre niveaux :
la fraude au niveau de l’enregistrement. Les prêteurs voulaient pouvoir faire le plus vite possible de jolis paquets avec les créances, et pour cela transférer rapidement les hypothèques. Le système traditionnel d’enregistrement, celui des « county clerks », en quelque sorte des « notaires cantonaux », était fiable et pérenne, mais prenait beaucoup de temps et coûtait beaucoup d’argent. Aussi, les grandes banques, avec Fannie Mae et Freddie Mac, créèrent leur propre service d’enregistrement, le MERS (Mortgage Electronic Registration Service), informatisé à l’extrême. Normalement, à chaque transfert d’hypothèque, il faut créer un nouveau titre sur lequel figure le nom du nouveau créancier et acquitter un droit d’enregistrement. MERS, prête-nom et intermédiaire commun, permettait de contourner la règle, s’arrogeant même le droit de saisir les logements.

la fraude des saisies illégales. Tout d’abord, les procédures enregistrées par le système MERS ont été logiquement jugées illégales, ou du moins non recevables devant un tribunal. Ensuite, il a été constaté que MERS, organisme intermédiaire entre les banques qui détenaient réellement l’hypothèque, n’avait pas lui-même le droit de saisir. Enfin, les saisies elles-mêmes ont été effectuées dans des conditions scandaleuses et souvent frauduleuses. Pour faire vite, les banques et les cabinets d’avocats spécialisés ont traité les dossiers à la chaîne, sans la moindre préoccupation déontologique. Dans certains cabinets, le nombre de dossiers était tel que la direction avait mis des tampons de notaire à la disposition de tous les employés. Pour suivre la cadence, les sociétés de traitement de documents et les collecteurs de crédit ont embauché à tour de bras tout ce qui leur tombait sous la main – coiffeurs, employés de supermarchés, ouvriers – en assignant à ces opérateurs des rôles clés dans les services chargés de la gestion des saisies immobilières pour faire de l’abattage. Avec l’informatisation, de nombreux documents ont été, volontairement ou non, perdus Les imbroglios se sont multipliés : certains propriétaires se sont retrouvés face aux envoyés de deux ou trois banques différentes venus saisir leur bien, chaque banque prétendant détenir l’hypothèque, preuves à l’appui. C’est ici que toute l’affaire devient particulièrement nauséabonde : pour remédier aux problèmes posés par la perte de documents, de nombreuses banques, assistées par des avocats à la moralité plus que douteuse, ont produit des faux ou des pièces antidatées. Pire encore, en Floride, l’Etat a embauché des juges, le plus souvent retraités, pour constituer des tribunaux spéciaux particulièrement complaisants envers les « preuves » apportées par les banques.

Des poursuites seront bientôt engagées au pénal, dans un pays où les sanctions peuvent être très lourdes. On évalue le risque pour les grandes banques à 700 milliards de dollars de pertes supplémentaires possibles, avec d’éventuels dommages et intérêts à verser pouvant atteindre 750 milliards de dollars.

la fraude aux taxes. La procédure MERS a permis aux banques de ne pas s’acquitter de taxes dues aux Etats ou aux municipalités, à chaque enregistrement de prêt ou modification. Le MERS devrait ainsi rembourser entre 60 et 120 milliards de dollars rien qu’à l’Etat de Californie. En tout, la fraude atteindrait plusieurs centaines de milliards de dollars.

la fraude aux MBS. Le système MERS a surtout été créé pour dissimuler ce qui se cache derrière les MBS, c’est-à-dire que de trop nombreux prêts ont été attribués à des familles incapables de rembourser. A ce stade, il ne s’agissait pas de prêts subprime, mais de prêts poubelles, quasi totalement fictifs. D’après des estimations objectives, plus de 30 % des MBS pourraient être frauduleux. Ici, quelques centaines de milliards de dollars seront en jeu lorsque les clients de MBS se retourneront contre les établissements financiers et exigeront d’eux de très lourdes réparations pour manœuvres frauduleuses.

On peut donc évaluer le risque total à environ 2000 milliards de dollars. Le risque est énorme alors que le gouvernement américain a déjà tiré presque toutes ses cartouches pour renflouer les banques casinos. Ici le choix est simple : abandonner les banques à leur propre sort, avec d’inéluctables faillites, ou faire fonctionner encore davantage la planche à billets électronique et provoquer l’hyperinflation, ou les deux réunis. On voit combien cela touche tous les pays du G20. Euh... l’économie mondiale!

Il faut regarder la réalité en face, c’est-à-dire la mort de ce système. Et se mobiliser pour ne pas mourir avec lui, c’est-à-dire en changer.

jeudi 21 octobre 2010

Comment le WWF sabote les grands projets en Afrique


C’est à Fontainebleau, en 1948, que l’eugéniste malthusien Sir Julian Huxley, également président de l’UNESCO, lança l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN). Après que la Fondation Ford eut offert l’argent nécessaire pour installer un secrétariat permanent à Gland, en Suisse, l’IUCN sera doublée d’une ONG spécialement vouée à réunir des fonds. Huxley embauche pour cela l’ex-membre encarté du parti nazi néerlandais, le Prince Bernhard des Pays-Bas, et son ami le Prince Philip d’Edimbourg, lui aussi un malthusien fanatique. Ensemble ils créeront en 1961 le WWF (Fond mondial pour la nature), qui s’installe lui aussi à Gland. En jouant sur l’image et l’affect (quel enfant ne serait pas attiré par ce panda géant, symbole du WWF ?), la médiatisation de la défense de l’environnement deviendra le cheval de Troie de l’oligarchie pour s’opposer à toute croissance démographique, un phénomène qu’elle estime cancéreux, en particulier dans les pays du Sud.

Un des stratagèmes du WWF sera la défense des oiseaux. Or, où se reproduisent-ils ? Dans l’immense mosaïque des zones humides reparties sur la surface du globe, comme par exemple dans les marécages des Dombes en France, pour ne citer qu’un exemple français.
Or, que fait le WWF ? En 1971, il organise la conférence de Ramsar, une station balnéaire sur les rives de la mer Caspienne en Iran, où 18 pays signeront une convention sur la protection des zones humides, stipulant que chaque partie contractante devra désigner sur son propre territoire des sites à inclure dans la liste (dite « de Ramsar ») des zones humides « importantes, en raison des fonctions écologiques et hydrologiques qu’elles remplissent, pour la conservation de la diversité biologique mondiale et la pérennité de la vie humaine ». Ensuite, tout dépend forcément de l’interprétation de ce texte ambigu.

A la date du 17 septembre 2010, 160 pays ont signé cette convention qui concerne 1898 sites « de Ramsar », représentant une superficie totale de 186 millions d’hectares, soit plus de quatre fois la superficie de l’Allemagne !
D’abord, constatons qu’en France, parmi les 36 sites, on trouve la baie du Mont Saint-Michel, la Camargue, mais aussi « l’Impluvium d’Evian ». On comprend mieux quand on sait que Danone et sa compagnie des Eaux d’Evian, depuis 1998, sponsorise la Liste de Ramsar.
Cependant, c’est peut-être en Afrique que l’on découvre le revers de la médaille. Alors que le projet Transaqua, qui comprend la construction d’un canal long de 2400 km, couplé à un effort sérieux d’aménagement d’un lac Tchad sauvé et réalimenté en eau, pourrait enrayer en quelques années les famines à répétition qui menacent la vie de plus de dix millions de personnes au Sahel, on constate que ce qui reste du lac sous forme de marécages a été progressivement inscrit sur la liste de Ramsar et doit désormais être « protégé » en l’état !

Sur la liste des « sites de Ramsar », on trouve la partie camerounaise du lac Tchad (12 500 ha) ainsi que quelque 600 000 ha de la plaine du Logone, une des rivières qui l’alimentent. La partie tchadienne du lac (1 648 168 ha) y figure également, ainsi que les plaines d’inondation du Logone (2 978 900 ha). Le Niger lui aussi a inscrit 340 423 ha du lac sur la liste. Le lac se meurt et les poissons se font de plus en plus rares, mais il est bien protégé !

Autre exemple ? Prenez l’immense « marais du Sudd », région marécageuse formée par le Nil Blanc dont la poldérisation, notamment grâce au canal de Djongleï (inachevé à cause des conflits), aurait pu permettre au Soudan de jouer son rôle de grenier à blé pour tout le continent africain. Sans surprise, le marais du Sudd avec ces 5 700 000 ha, figure lui aussi sur la dite liste !

Alors que se tiendra fin octobre à N’djamena une grande conférence internationale pour sauver le lac Tchad, deux visions du monde s’affrontent : préserver la nature telle qu’elle est ou sauver l’homme et son droit à l’entière croissance. L’assèchement du lac Tchad se poursuit depuis 40 ans, engendrant pauvreté, famine et maladies, et à son rythme actuel, le lac disparaîtra d’ici 20 ans, menaçant la survie de plus de 30 millions de personnes. Mais le lobby écologiste anti-humain mené par le WWF du Prince Philip d’Edimbourg s’oppose activement à tout grand projet de transfert d’eau pour revitaliser le lac, se posant ainsi en grand promoteur du désert.

Lors d’une récente conversation avec un chercheur italien, un expert du WWF a vivement manifesté l’opposition de son organisation à tout « projet de transfert d’eau » depuis les bassins fluviaux des régions tropicale et équatoriale situées plus au sud. Selon lui, le WWF s’oppose également à toute « culture et activité industrielle gourmande en eau » et pense, comme les intérêts financiers, que ces projets « sont chers ». Face à l’avancée du désert, le WWF prône une « meilleure gestion des ressources » et de « petits projets locaux ». Mais publiquement, l’Ong fondée par la monarchie britannique au moment de la décolonisation, martèle la nécessité de conserver les zones humides bordant le lac pour en faire des réserves protégées pour les oiseaux migrateurs. Entre 2001 et 2010, le WWF a convaincu les quatre pays bordant le lac – Niger, Tchad, Cameroun et Nigeria – de classer zones protégées plus de 2,6 millions d’hectares, revendiquant « la plus grande des quelques zone humides reconnues internationalement, où les pays s’engagent à protéger et gérer conjointement les écosystèmes aquatiques et leurs ressources ».

Les pays membre de la Commission du bassin du Lac Tchad (CBLT) ont lancé en 2009 une étude pour un projet de transfert d’eau de 1300 km depuis le fleuve Oubangui. Mais c’est une version amoindrie et insuffisante du projet Transaqua discuté depuis 1988 et qui, lui, récolterait grâce à un canal de 2400km connecté à plusieurs affluents du fleuve Congo, 5% des eaux de ce gigantesque bassin dont le potentiel reste largement inutilisé. Toutefois, les pays de la CBLT n’ont les moyens de financer aucune des deux versions de ce grand projet et dépendent de la bonne volonté des bailleurs de fonds internationaux, comme « s’il y avait des hommes dont le bâillement suffisait à créer le développement chez les autres ». (*)
La survie de millions d’africains dépend de la réalisation de ces grands projets qui permettront sur plusieurs génération de vaincre le désert. Le Sahara était une vaste oasis il y a plusieurs milliers d’années mais la nature s’est révélée incapable de la conserver. Ne conservons donc pas la nature, améliorons-là. Prenons le désert en étaux : au Sud le projet Transaqua, et au Nord un projet Roudaire-Plus qui créeront deux vastes oasis de développement agro-industriel formant le point de départ de cette reconquête.

Pour ouvrir la voie à ces grands projets, nous devons débloquer la situation en mettant en faillite organisée les spéculateurs internationaux et leurs réseaux de connivence, et ainsi rétablir un système international à taux de change fixe qui débloquera enfin les vannes du crédit à l’économie réelle.

(*) Thomas Sankara, dans son discours du 29 juillet 1987 sur le Front uni contre la dette.
http://www.dailymotion.com/video/x1dyrc_thomas-sankara-addis-abeba-29071987_people

vendredi 8 octobre 2010

Actualités


La parodie de procès dans l’affaire Kerviel, qui a vu la Société Générale entièrement blanchie, ne fait qu’exposer la fraude systémique de l’économie financiarisée. Rappelons que hors affaire Kerviel, la SocGen a dû évacuer cette année 45 milliards d’euros de titres toxiques vers une structure de défaisance afin d’éviter la faillite. Mais c’est l’ensemble des banques qui est en situation de banqueroute ; seule une procédure de mise en faillite organisée permettra de rétablir la justice aux yeux du peuple et de l’économie.

L’analyste financier Edouard Tétreau a demandé le rétablissement de la séparation entre banques de dépôt et banques d’affaire :
« Ce procès spectaculaire a permis au vrai procès de ne pas avoir lieu : le vrai procès c’est celui de toute la finance de marché (…) les banques d’investissement sont des banques de spéculation, c’est ce procès qui doit avoir lieu. Il ne s’agit pas que de la Société Générale mais de BNP, Goldman Sachs, etc. (…) c’est le procès d’une profession qui cherche des rentabilités excessives de court terme, qui est dans la confusion des genres, qui traite une fois pour son compte propre puis qui joue avec l’argent des déposants (…) sur des produits extrêmement dangereux pour nos économies et nos sociétés. (…) Nos entreprises, nos collectivités locales, les ménages ont besoin d’investir mais le crédit ne va plus au bon endroit (…) ces banques cherchent des rentabilités excessives et intenables, on en a payé le prix il y a deux ans, vous et moi, les contribuables, si bien qu’aujourd’hui les Etats sont rincés (…) Il faut découper les banques en deux, il s’agit d’une restructuration, cela s’appelle Glass-Steagall. »


mardi 9 décembre 2008

Travailles, Consommes et crèves !!!


Peu importe nos croyances ou nos idées politiques, le système mis en place dans notre monde libre repose sur l’accord tacite d’une sorte de contrat passé avec chacun d’entre nous, dont voici dans les grandes lignes le contenu :

1) J’accepte la compétition comme base de notre système, même si j’ai conscience que ce fonctionnement engendre frustration et colère pour l’immense majorité des perdants,

2) J’accepte d’être humilié ou exploité a condition qu’on me permette à mon tour d’humilier ou d’exploiter quelqu’un occupant une place inférieure dans la pyramide sociale,

3) J’accepte l’exclusion sociale des marginaux, des inadaptés et des faibles car je considère que le prise en charge de la société a ses limites,

4) J’accepte de rémunérer les banques pour qu’elles investissent mes salaires à leur convenance, et qu’elles ne me reversent aucun dividende de leurs gigantesques profits (qui serviront à dévaliser les pays pauvres, ce que j’accepte implicitement). J’accepte aussi qu’elles prélèvent une forte commission pour me prêter de l’argent qui n’est autre que celui des autres clients,

5) J’accepte que l’on congèle et que l’on jette des tonnes de nourriture pour ne pas que les cours s’écroulent, plutôt que de les offrir aux nécessiteux et de permettre à quelques centaines de milliers de personnes de ne pas mourir de faim chaque année,

6) J’accepte qu’il soit interdit de mettre fin à ses jours rapidement, en revanche je tolère qu’on le fasse lentement en inhalant ou ingérant des substances toxiques autorisées par les états,

7) J’accepte que l’on fasse la guerre pour faire régner la paix. J’accepte qu’au nom de la paix, la première dépense des états soit le budget de la défense. J’accepte donc que des conflits soient créés artificiellement pour écouler les stocks d’armes et faire tourner l’économie mondiale,

8) J’accepte l’hégémonie du pétrole dans notre économie, bien qu’il s’agisse d’une énergie coûteuse et polluante, et je suis d’accord pour empêcher toute tentative de substitution, s’il s’avérait que l’on découvre un moyen gratuit et illimité de produire de l’énergie, ce qui serait notre perte,

9) J’accepte que l’on condamne le meurtre de son prochain, sauf si les états décrètent qu’il s’agit d’un ennemi et nous encouragent à le tuer,

10) J’accepte que l’on divise l’opinion publique en créant des partis de droite et de gauche qui passeront leur temps à se combattre en me donnant l’impression de faire avancer le système. J’accepte d’ailleurs toutes sortes de divisions possibles, pourvu qu’elles me permettent de focaliser ma colère vers les ennemis désignés dont on agitera le portrait devant mes yeux,

11) J’accepte que le pouvoir de façonner l’opinion publique, jadis détenu par les religions, soit aujourd’hui aux mains d’affairistes non élus démocratiquement et totalement libres de contrôler les états, car je suis convaincu du bon usage qu’ils en feront,

12) J’accepte l’idée que le bonheur se résume au confort, l’amour au sexe, et la liberté à l’assouvissement de tous les désirs, car c’est ce que la publicité me rabâche toute la journée. Plus je serai malheureux et plus je consommerai : je remplirai mon rôle en contribuant au bon fonctionnement de notre économie,

13) J’accepte que la valeur d’une personne se mesure à la taille de son compte bancaire, qu’on apprécie son utilité en fonction de sa productivité plutôt que de sa qualité, et qu’on l’exclue du système si elle n’est plus assez productive,

14) J’accepte que l’on paie grassement les joueurs de football ou des acteurs, et beaucoup moins les professeurs et les médecins chargés de l’éducation et de la santé des générations futures,

15) J’accepte que l’on mette au banc de la société les personnes agées dont l’expérience pourrait nous être utile, car étant la civilisation la plus évoluée de la planète (et sans doute de l’univers) nous savons que l’expérience ne se partage ni ne se transmet,

16) J’accepte que l’on me présente des nouvelles négatives et terrifiantes du monde tous les jours, pour que je puisse apprécier a quel point notre situation est normale et combien j’ai de la chance de vivre en occident. je sais qu’entretenir la peur dans nos esprits ne peut être que bénéfique pour nous,

17) J’accepte que les industriels, militaires et politiciens se réunissent régulièrement pour prendre sans nous concerter des décisions qui engagent l’avenir de la vie et de la planète,

18) J’accepte de consommer de la viande bovine traitée aux hormones sans qu’on me le signale explicitement. J’accepte que la culture des OGM se répande dans le monde entier, permettant ainsi aux trusts de l’agroalimentaire de breveter le vivant, d’engranger des dividendes conséquents et de tenir sous leur joug l’agriculture mondiale,

19) J’accepte que les banques internationales prêtent de l’argent aux pays souhaitant s’armer et se battre, et de choisir ainsi ceux qui feront la guerre et ceux qui ne la feront pas. Je suis conscient qu’il vaut mieux financer les deux bords afin d’être sûr de gagner de l’argent, et faire durer les conflits le plus longtemps possible afin de pouvoir totalement piller leurs ressources s’ils ne peuvent pas rembourser les emprunts,

20) J’accepte que les multinationales s’abstiennent d’appliquer les progrès sociaux de l’occident dans les pays défavorisés. Considérant que c’est déjà une embellie de les faire travailler, je préfère qu’on utilise les lois en vigueur dans ces pays permettant de faire travailler des enfants dans des conditions inhumaines et précaires. Au nom des droits de l’homme et du citoyen, nous n’avons pas le droit de faire de l’ingérence,

21) J’accepte que les hommes politiques puissent être d’une honneteté douteuse et parfois même corrompus. je pense d’ailleurs que c’est normal au vu des fortes pressions qu’ils subissent. Pour la majorité par contre, la tolérance zéro doit être de mise,

22) J’accepte que les laboratoires pharmaceutiques et les industriels de l’agroalimentaire vendent dans les pays défavorisés des produits périmés ou utilisent des substances cancérigènes interdites en occident,

23) J’accepte que le reste de la planète, c’est-à-dire quatre milliards d’individus, puisse penser différemment à condition qu’il ne vienne pas exprimer ses croyances chez nous, et encore moins de tenter d’expliquer notre Histoire avec ses notions philosophiques primitives,

24) J’accepte l’idée qu’il n’existe que deux possibilités dans la nature, à savoir chasser ou être chassé. Et si nous sommes doués d’une conscience et d’un langage, ce n’est certainement pas pour échapper à cette dualité, mais pour justifier pourquoi nous agissons de la sorte,

25) J’accepte de considérer notre passé comme une suite ininterrompue de conflits, de conspirations politiques et de volontés hégémoniques, mais je sais qu’aujourd’hui tout ceci n’existe plus car nous sommes au summum de notre évolution, et que les seules règles régissant notre monde sont la recherche du bonheur et de la liberté de tous les peuples, comme nous l’entendons sans cesse dans nos discours politiques,

26) J’accepte sans discuter et je considère comme vérités toutes les théories proposées pour l’explication du mystère de nos origines. Et j’accepte que la nature ait pu mettre des millions d’années pour créer un être humain dont le seul passe-temps soit la destruction de sa propre espèce en quelques instants,

27) J’accepte la recherche du profit comme but suprême de l’Humanité, et l’accumulation des richesses comme l’accomplissement de la vie humaine,

28) J’accepte la destruction des forêts, la quasi-disparition des poissons de rivières et de nos océans. J’accepte l’augmentation de la pollution industrielle et la dispersion de poisons chimiques et d’éléments radioactifs dans la nature. J’accepte l’utilisation de toutes sortes d’additifs chimiques dans mon alimentation, car je suis convaincu que si on les y met, c’est qu’ils sont utiles et sans danger,

29) J’accepte la guerre économique sévissant sur la planète, même si je sens qu’elle nous mène vers une catastrophe sans précédent,

30) j’accepte cette situation, et j’admets que je ne peux rien faire pour la changer ou l’améliorer,

31) J’accepte d’être traité comme du bétail, car tout compte fait, je pense que je ne vaux pas mieux,

32) J’accepte de ne poser aucune question, de fermer les yeux sur tout ceci, et de ne formuler aucune véritable opposition car je suis bien trop occupé par ma vie et mes soucis. J’accepte même de défendre à la mort ce contrat si vous me le demandez,

33) J’accepte donc, en mon âme et conscience et définitivement, cette triste matrice que vous placez devant mes yeux pour m’empêcher de voir la réalité des choses. Je sais que vous agissez pour mon bien et pour celui de tous, et je vous en remercie.

mercredi 5 novembre 2008

LA PASSION

1. Source de motivation

Le mot passion possède une charge affective exceptionnelle. C'est le premier mot qui nous vient à l'esprit pour justifier nos raisons de vivre : ce dont on a besoin c'est d'une passion de quelque chose qui nous motive, qui nous tire en avant, qui nous pousse à l'action. Sans passion on s'ennuierait. Les passions sont là au moins pour nous donner une occupation. Aussi confondons nous "passion" et "divertissement" : la passion c'est : aller au cinéma, faire de la danse, c'est aussi tomber amoureux, avoir envie d'aventure etc.

La passion est souvent recommandée. Elle est souvent vue comme moteur de la vie et de la motivation. J’évoquerai naturellement la passion amoureuse. Néanmoins, de nombreux aspects de celle-ci pourront aisément être explicites pour d’autres types de passions…

La passion amoureuse a naturellement un côté merveilleux. Elle contient ce potentiel d’élan qui fait vibrer. Ce type de passion a "un plus" par rapport aux autres passions car elle pousse deux êtres l’un vers l’autre avec une fougue qui ne s’encombre pas de la raison.

La passion est aveugle, naturellement. C’est, à la fois, un inconvénient et un avantage, comme je vais l’expliquer plus loin.

La passion est sans doute la meilleure chose "inventée" par l’homme pour amorcer une sortie de son ego et se libérer des limitations de son intellect. En effet, ce brin de folie a une valeur libératrice face aux enfermements intellectuels, trop raisonnables. Mais justement, aussi à cause de cela, elle peut également causer des destructions douloureuses… hélas !

2. Reprenons au début
Un être humain a bigrement de difficultés à accepter la différence des autres… Oh ! Certes, nous n’arrêtons pas d’évoquer le droit à la différence, nous nous offusquons face au racisme et à l’intolérance. Tout ceci est plus que louable ! Mais qu’en est-il vraiment ? Sommes-nous déjà seulement capable d’accueillir la différence des êtres qui vivent sous notre toit ? Oui ? Oui et non ?

Ce sont souvent les êtres que nous aimons le plus que nous écoutons le moins ! Comment se fait-il ? Simplement nous pensons tellement bien les connaître que nous ne songeons même pas à vraiment les écouter. Dès qu’ils commencent à parler, nous imaginons déjà la suite pour répondre à leur demande (celle que nous avons imaginée, mais pas forcément celle qu’ils exprimaient !)
Plus nous croyons connaître l’autre, moins nous savons l’écouter car la conscience que l’autre est " autre " nous échappe en permanence.

La différence fait un peu peur non pas parce que nous sommes des monstres, mais peut être parce que si nous ne sommes pas "pareils", alors nous nous sentons seuls, en danger, sans appartenance.
Alors nous compensons cette insuffisance d’existence personnelle par notre ego qui nous conduit à faussement nous affirmer et à trop souvent faire de l’ombre à l’autre. Judicieuse béquille… mais encombrantes conséquences. Alors la vie est maligne (nous sommes inconsciemment très malins). La passion vient à notre secours !

3. Un male pour un bien
Remarquons curieusement que le mot passion signifie "douleur". Voilà une surprise, « Nespa » !
Mais en fait, le passionné souffre. ça lui fait mal ! Il vit une douloureuse alternance d’euphorie (quand l'objet de la passion est là) et de manque (quand l'objet de la passion n'est pas là). Aïe !

Avant la passion, l’être humain est égoïste. Il s’est consolidé en développant des moyens de "profiter" de la vie sans se soucier des autres. La personne égoïste ne souhaite de mal à personne (ni de bien d’ailleurs). Mais elle se moque totalement des conséquences sur autrui que causeront les avantages qu’elle s’octroie à elle-même. Bien que ce ne soit pas son projet, cela peut la rendre très nuisible à son environnement.

Alors la passion vient à point. Celui qui ne pense qu’à se faire plaisir va ici découvrir quelqu’un à qui faire plaisir. Mais dans la passion, ce quelqu’un n’est pas tout à fait quelqu’un ! Il est l’objet de la passion.

Ce qui caractérise le passionné par rapport à l’égoïste, c’est que l’égoïste ne pense qu’à lui alors que le passionné ne pense qu’à l’objet de sa passion. Pour l’environnement, ça ne change apparemment pas grand chose, car il reste complètement inconscient des autres. Mais la situation est fort différente.

Regardez, quand vous lisez un livre qui vous intéresse, vous allez vous aménager des moments pour profiter de votre lecture, mais vous continuerez à prendre soin de vous, vous n’omettrez pas de manger et de dormir. Il en va tout autrement si l’ouvrage se met à vous passionner : Vous sauterez vos repas, vous vous coucherez très tard pour le finir. A ce moment votre lecture est alors devenue plus importante… même que vous-même ! C’est ça la passion. Dans la passion amoureuse, c’est aussi cela… mais à la puissance 1000.

L’égoïste, grâce à cette passion, cesse d’être égoïste. Il n’est toujours pas conscient des autres, mais au lieu de se vouer à lui-même, il se voue à l’objet de sa passion. Évidemment ça ne change rien pour les autres autour. Mais pour lui le changement est d'importance car il cesse d'être tourné vers lui seul.

4. Un serre joint à défaut de prise rapide
Quand nous collons deux pièces de bois, il est nécessaire de les maintenir serrées en attendant que la colle prenne. Pour cela on utilise ce qu’on appelle un serre-joint ! Si on le défait trop tôt… les pièces se décollent !

La passion joue un peu ce rôle ! Désolé si l’exemple n’est pas très romantique ! Je ne suis pas le dernier à être sensible à la poésie, à l’amour et à tout ce qui permet de l’exprimer. Mais là, il y a une nécessité de vie et de développement de l’être humain qui est juste au niveau du serre-joint.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas l’amour qui fonde un couple. L’amour n’y est que potentiel. Il y est ressenti comme une promesse à venir qui donne tout son sens à cette rencontre. Mais au début il ne s’agit pas d’amour: Il s’agit de besoin de l’autre. Un besoin de l’autre qui contient une promesse d’absolu. Alors tout devient consacré à cet "autre" exceptionnel.

Incapable encore de s’ouvrir à la différence de "l’aimé(e)", ni à la richesse de cette différence, le besoin de l’autre joue le rôle d’un serre-joint en attendant la prise du ciment d’amour ! L’amour est une colle d’un type particulier. Il permet à ceux qui s’aiment (qui ont dépassé le stade amoureux) d’être unis par une dimension qui les rapproche sans jamais altérer ni leur liberté, ni leur intégrité, ni leur respect de l’autre. Cela ressemble sans doute à une sorte de cinquième dimension où le sentiment n’est plus un lien, mais une profonde ouverture à l’aimé(e).

L’amour n’est certainement pas un lien, mais plutôt une ouverture, un respect, un partage, une grande considération et reconnaissance… il s’y trouve des délices plus grands et plus fulgurants que dans la passion, que ce soit au niveau de la sensualité, de la communication, du partage. Ne pas confondre avec la pulsion, le désir et l’amour qui sont des éléments très distincts dans la vie d’un couple, mais tous importants.

La passion, elle, est bel et bien un lien, un attachement, une dépendance. Les circonstances y sont vécues dans un fabuleux élan… mais aussi dans une certaine irréalité qui empêche de s’y trouver vraiment comblé.
Ce lien, parfois, décrié par les amateurs de liberté, est une incontournable nécessité. En faire l’économie c’est ne pas trouver la liberté. C’est comme ça que j’ai vu des gens si "attachés à la liberté" qu’ils n’ont jamais fait l’expérience d’être libre !

Le fameux "ciment d’amour" ne semble pas être à prise rapide. Si la passion disparaît avant que l’amour ne soit à point… alors les pièces se détachent… et partent chacune de leur côté. C’est ainsi que certaines personnes expérimentent plusieurs "collages" infructueux. La difficulté pour la fois suivante étant qu’il reste toujours des traces de colle de la tentative précédente…Ce n’est pas ici l’objet de développer ce sujet, mais je rappellerai juste qu’on est vraiment libre qu’une fois réconcilié. Ceux qui finissent une histoire ne pourront en démarrer une autre pleinement que s’ils sont libres de la précédente… et ils ne seront libres de la précédente que parfaitement réconciliés.

5. Une judicieuse cécité
Partons du principe que la passion est réciproque. Ce n’est malheureusement pas forcément vrai. Vous avez sans doute remarqué que les histoires d’amour de notre littérature sont pleines de ces situations où l’un aime l’autre qui ne l’aime pas qui lui-même aime un autre qui ne l’aime pas non plus qui …etc.

Mais assez souvent, heureusement, nous trouvons des amoureux réciproquement amoureux. Dans ce cas ils bénéficient tous deux d’une judicieuse cécité. Pourquoi judicieuse ? Et bien elle permet de ne pas voir la différence de l’autre. Ceci est judicieux car l’amour ne permet pas encore, à ce stade, d’accueillir cette différence.

Cette cécité va permettre à deux êtres de se côtoyer de très près, malgré leur faible capacité à accueillir la différence de l’autre. La situation est à la fois merveilleuse et cocasse : chacun est aveugle à la différence de l’autre (différence qu’il ne saurait pas encore accueillir) et en même temps chacun se cache un peu à l’autre afin de ne lui montrer que ce qui lui plait (pour mieux le séduire). Nous avons donc un aveugle qui rencontre une personne cachée. Il est évident que ça aide énormément à ne pas être gêné par la différence !

Mais c’est grâce à cela, si tout se passe bien, que l’ego va se défaire pour continuer à cheminer vers une plus grande considération de l’autre.

6. Le détachement de l’ego
A l’intérêt égoïste succède donc la passion. Puis quand la passion s’atténue (parfois même elle s’arrête d’un coup), ce qui était caché par la discrétion de l’un et par la cécité de l’autre apparaît.

A la passion succède alors la désillusion (réveil)! A la désillusion succède la déprime, premier niveau de conscience venant après des niveaux d’inconscience. Notez l’aspect remarquable du mot dé-primer. Primer c’est mettre en premier, déprimer
c’est ne plus mettre en premier.

Cela semble une catastrophe. Il est vrai que ce peut être extrêmement douloureux ! Cela va de la douleur parfaitement surmontable jusqu’à l’intolérable conduisant au suicide. C’est donc à prendre très au sérieux. Mais ce qui semble une catastrophe est en fait un réveil, pour ne pas dire une naissance de la conscience qui s’ouvre d’abord à soi-même, puis à l’autre.

Cette expérience du vide est une invitation à se combler en découvrant de façon plus précise la véritable origine de nos vides que jusque là nous ne faisions que compenser.

C’est une étape majeure au cours de laquelle un individu s’ouvre à lui-même. S’il est capable de rencontrer et d’accueillir ce qu’il trouve en lui, il devient ensuite capable de s’ouvrir aux autres et se retrouve libre de son ego.

L’affirmation de soi est très différente de l’ego. L’affirmation de soi est l’accueil de soi (c’est à dire de celui que nous sommes, de tous ceux que nous avons été et de ceux, dont nous sommes issus). L’ego (ce que l’on paraît) et la personnalité (ce que l’on joue) sont très différents de ce que l’on est (persona = masque de théâtre).

L’ego et la personnalité ne sont que des béquilles venant compenser le manque d’être et d’affirmation de soi, comme si ces manques dans notre structure psychique nous rendaient bancales. La béquille est salutaire, la déprime aussi. Elle signe le début de l’autonomie. Mais comme après un plâtre compensant momentanément une fracture, la phase de " rééducation " peut être longue et douloureuse. Cependant elle promet une délicieuse autonomie.

7. Couple, creuset de vie
Un couple est le lieu quasi magique de cette alchimie conduisant un être humain de l’inconscience de soi et d’autrui vers une conscience de soi et d’autrui. Comme dans le creuset de l’alchimiste, parfois ça chauffe un peu !

L’alchimiste n’a pas trouvé la pierre philosophale permettant de changer le plomb en or. Mais le couple a trouvé comment à partir de l’ego bâtir l’amour. Il y a certainement autant de différence entre l’ego et l’amour qu’il en a entre le plomb et l’or ! Et il semble que ça marche. Oh, certes pas toujours. De nombreux couples sont en souffrance. Mais de comprendre tout cela pourra un peu les aider.

Les enjeux sont même encore plus nobles. Très souvent un couple vit une aventure systémique.
C’est à dire que les problèmes de l’un sont exactement ceux qu’il faut pour aider l’autre à prendre conscience des siens (et inversement). Quand je dis "problèmes", je veux dire "les manques qui nous habitent" : toutes ces parts de celui que nous sommes, de tous ceux que nous avons étés et de ceux dont nous sommes issus qui n’ont encore pu trouver leur place dans notre structure psychique. Le couple est le lieu d’exception où cela peut s’accomplire.

Cela lui confère un aspect précieux où, curieusement, ce qui nous gène le plus chez l’autre est souvent la raison spéciale pour laquelle on a été inconsciemment vers lui plutôt que vers un autre. Ce que l’on reproche le plus, est souvent inconsciemment ce dont on est le plus demandeur !

Naturellement le couple n’est pas le seul lieu de l’existence où se produit cette maturation. D’autre situations comme les réussites et les échecs professionnels, l’aboutissement plus ou moins heureux de projets (maison, voiture, activité sportive…etc.), appartenance à un club…. Toutes ces circonstances aident dans ce même sens.
Mais le couple reste un lieu privilégié car très intime. Il s’y joue des enjeux subtils d’ouverture à l’autre, de découverte de soi.

8. Après la passion… l’amour
Un couple commence donc son histoire par la passion. Celle-ci a fait couler tellement d’encre (aussi hélas parfois un peu de sang).

Le piège est de croire que quand la passion diminue ou s’arrête, le couple est fini. En réalité ce n’est pas là qu’il finit, c’est là qu’il commence. C’est là que le mot Amour prend tout son sens : Passer d’un besoin de l’autre à une ouverture à l’autre.
Certains évoquent à tort, pour décrire cette mutation des sentiments, une sorte de passage d’un feu vivifiant vers une tendresse lénifiante. C’est sans doute qu’ils n’ont jamais franchi le cap.

Dans la passion le vécu est imaginaire et ne comble jamais. S’il semble vivifiant ce n’est qu’en comparaison de notre torpeur.

Dans l’amour le vécu est dans une réalité jusqu’au plus profond de soi et apporte un sentiment de plénitude. On n’y connaît plus le manque. La rencontre y est au delà de tout ce que peut s’imaginer un passionné.

Il s’agit alors d’une vie emplie d’ouverture à l’autre, de respect, de liberté mais aussi de sensualité. Une sensualité ouverte à la vie (par la vue, le toucher, le goût, l’ouïe…), une sensualité évidemment aussi dans la sexualité. Cette sexualité ne s’y vit plus dans le besoin de l’autre. Les trois composantes "désir, pulsion et amour" y trouvent leur équilibre pour offrir au couple s’aimant ce qu’il y a de plus grand à vivre.

Passer de la passion à l'amour, c'est passer de l'imaginaire à la réalité. C'est passer de la magie d'un feu d'artifice à la véritable fête qui le suit. La fin du feu d'artifice ne marque pas la fin de la fête mais son début.

La passion est comme une flamme qui nous attire en nous faisant croire que rien n'existe autour. Elle se vit dans l'imaginaire, mais elle est un fabuleux moteur vers la suite. Dans cette suite, la flamme de départ peut sembler dérisoire car l’amour, lui, est plutôt comme une étoile donnant naissance à des planètes. Il s'y trouve un monde habité où la véritable rencontre peut s'accomplir. Cette rencontre se vit dans la réalité et fait du quotidien une fête grandiose... si grandiose qu'elle en est illimitée.

La passion n'est ni mieux ni moins bien que l'amour. Ce sont des étapes différentes toutes deux importantes, dont l'une prépare l'arrivée de l'autre.

S'enfermer dans la première nous prive de la seconde.
Vouloir directement la seconde ne fait que nous en éloigner.

Consomme cette vision de vie sans modération, et quand tu arriveras dans ce carrefour,
n’emprunte pas le chemin de "je m’en fou" sinon tu te retrouveras dans le village de "si je savais" dans ce bled, l’oscurité est 100 fin… !


La Communication

L'illusion du miroir

Au fond, savons-nous clairement de quoi il s'agit?
On a tellement dit et redit, conversé et conférencé, formé et déformé, écrit et décrié... que finalement les doutes sont nombreux et légitimes. Parfois certains pensent même que l'art de la communication, c'est l'art de la manipulation. Or il n'en est rien, car quand il y a manipulation, ce n'est plus de la communication. Dans la communication il y a un grand respect de l'individu.

Dans la forêt des théories sur le thème de la communication, qu'est-ce qui est donc crédible?
Rien ne vaut l'expérience lucide, l'observation et le bon sens dans un esprit de respect et de liberté. Être ouvert à tout sans jamais ne s'enfermer en rien est le meilleur gage de progression et d'efficacité dans un esprit de liberté.


1. Pour vraiment comprendre l'autre

Écouter l'autre pour se mettre à sa place (tout en restant soi-même) est un leurre. Se mettre à la place de l'autre, ne peut permettre de le comprendre.

Cela fait penser à Narcisse qui, voyant son image se refléter dans la fontaine, croit voir une autre personne et en tombe amoureux. Puis, dans sa stupéfaction il en oublie même de boire et meurt de soif devant sa fontaine. Il fut alors transformé en la fleur "Narcisse" dont l'étymologie nous ramène au grec narké qui a donné narcose. La fleur était reconnue comme pouvant endormir même les divinités (Dictionnaire Larousse de la mythologie grecque et romaine de Joël Schmidt)

Celui qui s'adonne à l'empathie ne fait que du narcissisme relationnel. Croyant accéder à une compréhension de l'autre, il ne voit que lui-même... et encore! Il ne voit qu'une image erronée de lui-même. En effet, si plus tard il vit une situation équivalente à celle de son interlocuteur d'aujourd'hui, il vivra une expérience très différente de ce qu'il avait imaginé.

Plutôt s'ouvrir sans se mettre à la place
Se mettre à la place de l'autre est un "jeu" compliqué et dangereux.
L'autre s'y sent incompris (ça peut même le rendre agressif... ou déprimé!). Quand à nous, nous croyons l'avoir compris et nous ne saisissons que de l'illusion... ce qui en découlera sera donc inadapté. En plus nous nous chargeons d'un poids qui ne nous appartient pas en tentant de "ressentir" ce que vit l'autre.

Nous pouvons faire beaucoup mieux en nous ouvrant simplement à notre interlocuteur.
Plutôt que de nous mettre à sa place, nous pouvons mettre du soin à l'entendre exprimer ce qu'il ressent, pense, ou vit à la place où il est. En laissant notre imaginaire et nos hypothèses de côté, nous pourrons mieux le comprendre.

Notre imaginaire nous est cependant très utile pour être créatif. Notre capacité à émettre des hypothèses nous est aussi très utile dans la résolution de problèmes... mais à deux conditions: d'une part, avec une rigueur mathématique, nous ne devons pas confondre hypothèses et certitudes... d'autre part avant de conclure, apprenons à lire tout l'énoncé.

Une vraie qualité d'écoute s'opère de façon active. Il serait maladroit d'être passif et de simplement laisser parler. Il est plus efficace d'aider notre interlocuteur à exprimer ce qu'il a à dire grâce à des questions pertinentes, sans conditions de réponse, et non indiscrètes. Ceci amènera la précision et la concision optimum pour le plus grand bonheur de chacun.

Être distinct sans être distant
Ceux qui se préoccupent d'humaniser les rapports humains recherchent cette distance optimum un peu comme l'alchimiste recherche la pierre philosophale... ils semblent ne jamais la trouver et ils oscillent seulement entre le trop proche et le trop loin (c'est à dire entre le copinage et l'indifférence).

Ils ne la trouvent pas car le problème de la distance et trop simple pour les esprits compliqués: La bonne distance c'est PAS DE DISTANCE DU TOUT.

Le zéro de la distance produit l'infini de la qualité. Mais "distance zéro" ne signifie surtout pas "se mettre à la place". Car se mettre à la place, c'est aboutir à une sorte de fusion... qui amène la confusion. Si la bonne distance c'est pas de distance du tout, il est par contre fondamental d'être distinct.

Nous mettrons donc un soin tout particulier à ne pas confondre distinct et distant autant qu'à ne pas confondre proche et fusionnel

Être distant, c'est se mettre en rupture (se couper) de son interlocuteur. Il en résulte bien sûr qu'on ne le voit plus.

Se mettre à la place, c'est se mettre en fusion (ne faire qu'un) avec lui. Il en résulte alors qu'il disparaît et qu'on ne le voit pas non plus.

Pour voir l'autre, ce qui est important, c'est de s'individualiser. Être pleinement SOI face à quelqu'un à qui on accorde d'être pleinement LUI

2. Affectivité et chaleur humaine

La chaleur humaine sans l'affectivité
Il n'y a jamais assez de chaleur humaine et toujours trop d'affectivité.
Nous avons bien remarqué que l'excès d'affectivité est nuisible à la qualité de la communication, de l'aide et surtout de la psychothérapie (…).

Mais le problème est que l'affectivité et la chaleur humaine sont mal différenciées dans l'esprit de beaucoup de monde.
Alors pour se libérer de l'affectivité, malencontreusement, certains suppriment aussi la chaleur humaine... et le résultat est toujours insatisfaisant. Où alors, voyant que cela pose problème, ils reviennent à la chaleur humaine... mais réintroduisent l'affectivité.

— La chaleur humaine c'est quand on est ouvert à l'autre sans avoir besoin de lui.

— L'affectivité c'est quand on a besoin de l'autre ou qu'on a peur de l'autre. Besoin de lui pour combler un de nos manques, pour nous rassurer. Peur de lui quand il risque d'aggraver un de nos manques et de nous déstabiliser.

Bien différencier la chaleur humaine de l'affectivité, permet d'être chaleureux sans ambiguïté, et d'avoir une communication plus efficace et plus sereine.
Si on est thérapeute (à l’écoute), cela permet d'être plus efficace et plus rapide car un patient a besoin de la chaleur humaine de son thérapeute pour oser lui livrer ce qu'il a de plus précieux, intime, douloureux en lui. Mais il a besoin évidemment aussi que son thérapeute ne soit pas dans l'affectivité, sinon ça brouille sa recherche et peut même avoir des effets très néfastes.

3. L'empathie source d'affectivité

La chaleur humaine réchauffe alors que l'affectivité étouffe. Nous comprenons alors bien pourquoi l'affectivité est indésirable.
L'affectivité est d'autant plus indésirable qu'elle nous expose à l'envahissement. En nous mettant à la place de l'autre, nous nous exposons à ressentir une expérience qui ne nous correspond pas et pour laquelle nous ne sommes pas prêts.

Au contraire, en étant proche et distinct, nous sommes à même de comprendre l'expérience de notre interlocuteur, de nous enrichir de ce qu'il en a fait sans pour autant en subir la pression émotionnelle. Nous pouvons aussi mieux l'aider ou l'accompagner quand il vit une expérience douloureuse.

Nous devenons ainsi capables d'entendre cette expérience sans la dramatiser ni la banaliser. Nous devenons capables d'en saisir la juste mesure: celle de l'autre (qui n'a forcément que peu à voir avec la nôtre). Nous pouvons ainsi humaniser profondément notre communication qui s'ajuste à la réalité de l'autre.
L'inconvénient majeur de l'empathie est qu'elle produit au contraire une sorte d'état fusionnel, générant illusion, confusion et affectivité. Il n'en résulte aucune chaleur humaine, mais par contre beaucoup de stress et d'incompréhension.

4. Conclusion.

Le poids des mots
Au fond peut-être ne devons-nous pas attacher trop d'importance au fait qu'une chose, une idée, une attitude soit désignée par un mot plutôt qu'un autre. Au fond, ce qui importe c'est ce que nous en faisons! Les mots ne sont peut-être qu'une convention?

Les mots ne sont pas seulement une convention. Quand on les étudie, on peut remarquer que souvent ils contiennent dans leur étymologie, dans leur construction, un aspect profond de ce qu'ils désignent.

Se remettre aux commandes
J'ai bien conscience qu'avec cet article j'invite quelques personnes à se remettre en cause par rapport à l'empathie.

Mais se remettre en cause c'est se remettre aux commandes de sa vie. C'est ne pas croire ce qui est dit parce qu'on nous le dit (même si on prétend nous donner des "preuves"). C'est plutôt confronter ce qu'on sait à l'expérience et en mesurer l'efficacité sans complaisance.

Les remises en cause sont sources de progrès. Elles ne sont pas destruction du passé, mais ajustements, ajouts, discernement accru, enrichissement. Ce qui importe, ce n'est pas d'avoir raison. Ce qui importe, c'est que l'aide, la communication, la psychothérapie, l'accompagnement soient efficaces au delà des croyances de chacun.


Ankh Udja Seneb

jeudi 20 septembre 2007

La dépossession du moi

Le terme « ALIENATION », désigne l'état d'inconscience de tout homme, privé de sa vraie nature humaine. Dans l'univers médical, l'aliénation est assimilée à un état de déficience psychologique synonyme de maladie mentale grave, voire de folie pure. Pour les praticiens, «aliénation » rime encore avec « démence » et « déséquilibre psychologique ». Ainsi, en ouvrant le grand Larousse universel, on découvre la définition suivante pour « aliénation mentale » : « Etat d'un sujet dont les facultés mentales sont gravement altérées et ne lui permettent plus de mener une existence compatibilité avec la vie sociale ».
Dans le domaine de la philosophie, le terme «aliéné» évoque généralement, un individu dont le comportement reste étranger à sa nature originelle. Cela peut être le résultat d'un accident ou d'un long processus psychologique. Aliénation et étrangeté vont donc de pair.
Mais « l'aliénation », si on lui adjoint le qualificatif de « culturelle », le terme décrit alors un traumatisme psychologique, une situation particulière où un homme voire un peuple tout entier, asservi, infériorisé, complexé, ignorant, désorienté, frustré, résigné et faible mentalement, est devenu la «propriété» intellectuelle, morale, spirituelle, économique, culturelle et voire même physique d'un autre homme ou d'un autre peuple dominateur. Ceci, sans qu'il soit en mesure de prendre conscience de la gravité et de l'anormalité de sa mise sous tutelle et de sa condition d'aliéné culturel. Compte tenu du champ sémantique du mot «aliéné» définit plus haut, je vous laisse apprécier le sérieux de la problématique. Chose particulière, il n'existe aucune loi protégeant les aliénés culturels et aucune disposition légale n'a été prise pour les soigner.


Que nous dit notre mémoire historique d'ex-colonisé ? En notre âme et conscience, notre aliénation culturelle sous-tend l'attaque, l'agression voire le viol d'un esprit libre africain par une conscience inhumaine occidentale, assoiffée de conquête et de richesses terrestres. Intrusion soudaine ou progressive, dans tous les cas, l'objectif poursuivi fut clair : altérer, gangrener, souiller, empoisonner, détruire l'esprit libre africain pour en faire une marionnette soumise, un instrument de production corvéable à merci et non rémunéré. La conscience inhumaine occidentale, tel un apprenti sorcier, a déstructuré l'esprit libre africain, lui a enlevé ses facultés de raisonnement originelles pour mieux l'outrager. Sa mission fut précise : contaminer le passé, dominer le présent pour s'approprier l'avenir !
C'est que l'esprit libre africain a ses propres fondements idéologiques, son intériorité, sa culture. Son passé est l'âme même de son présent. Sa mémoire est la boussole de sa conscience. Ses facultés de raisonnement sont l'énergie motrice de ses actes. Ainsi, pour s'approprier l'esprit libre africain, la conscience inhumaine occidentale s'est attaquée à ses fondements à savoir, sa liberté, sa mémoire, son histoire, sa grandeur, son prestige, son humanité, sa culture, sa spiritualité et son originalité. En alternant force brutale et persuasion mentale, elle l'a déstructuré au gré de ses fantasmes et de ses intérêts.

La première aliénation que nous fait subir la violence consiste donc en ce qu'une, autre conscience refuse de reconnaître à notre existence, la signification qu'elle a dans le texte de la société, de notre histoire, de notre mémoire où nous la reconnaissons (...) Pour elle, notre présence n'est pas le signe d'un passé, d'une œuvre, d'une fonction, de mérites divers, d'une généalogie qui en serait la signification.

Ainsi, il devient essentiel de comprendre que la conscience inhumaine occidentale suit une stratégie de domination parfaitement étudiée, huilée, précise et dont les résultats sont garantis «sur facture», En refusant tout mérite à sa proie africaine, elle sait qu'elle use d'une violence mentale qui détruit toute faculté de se reconstruire après l'outrage. Et comme pour dévoiler l'intrigue de ce funeste plan, le professeur (Nicolas de Grimaldi) conclu objectivement son analyse en révélant qu'en :
« Nous assignant a n'être rien de plus que ce peu d'espace que notre corps occupe, en nous soustrayant à tout système de signification (...), elle manifeste que pour elle, notre existence est absolument insignifiante ».
C'est donc là, l'action secrète de la conscience agressive occidentale : nier et inférioriser les fondements historiques et culturels de l'esprit africain pour en faire progressivement un amnésique, un complexé, un serviteur, un esclave, un aliéné, un Bounty, un assimilé..., bref un être humain au demeurant, « étrange ».

L’aliénation culturelle avilit l'esprit africain car elle le force à se concevoir dans le rapport de force psychologique qui l'oppose à la conscience agressive occidentale, comme une entité d'essence inférieure. Son besoin légitime de valorisation dans le contexte social blanc, la force à rejeter toute trace de son Moi nègre originel et à se placer sous la tutelle culturelle de la conscience extérieure dominatrice. Son idéal religieux, conjugal, culturel, historique, philosophique et économique va fuir cette négritude socialement dévalorisante, pour s'identifier aux idéaux du paradigme occidental.

Quelques fois, l'aliénation se manifeste dans la violence. Violence de ceux qui utilisent des produits nocifs pour s'éclaircir la peau, violence des religieux qui rejette toute idée d'un Dieu unique noir (mais qui ne voit aucun problème pour le diable noir), violence de ceux qui s'occidentalisent à outrance, violence de ceux qui profitant des faveurs des média occidentaux, fustigent ceux qui refusent toute aliénation culturelle. Franchement, avez-vous vu des Noirs dire qu'ils trouvaient d'autres Noirs trop noir, avant le contact avec les Blancs ? A ce sentiment d'aliénation culturelle vient encore se greffer une sensation générale de crainte, de peur indescriptible, impalpable face à l'obligation d'avoir à lutter pour sa liberté.

Dans un tel contexte, l'aliénation culturelle se fait naturellement l'alliée de la peur/désorganisation/résignation. Les hommes et les femmes croient lutter en sombrant dans la débrouillardise qui n'est et ne reste qu'un palliatif au mal, bref qu'une fuite en avant. On le voit, ces diverses situations sont le fruit de ce fameux conflit entre le « Moi Africain » agressé et le «Sur-Moi Occidental» conquérant. Il engendre des manifestations diverses (déclarations, raisonnement, attitude, choix, etc.) souvent irrationnelles que nous pouvons classer comme suit :
Le conflit physiologique : le sujet cherche à fuir tout ce qui peut lui rappeler sa négritude du genre « Ah non, je ne suis pas noire, t'as pas vu que ma peau est moins foncée que la tienne!». Ouvrez un magazine « black » vendu chez les marchands de journaux et vous comprendrez les dégâts du conflit physiologique. Vous y trouverez un nombre incalculable de publicités pour des produits de blanchiment de la peau, des tissages, des lentilles pour les yeux, du défrisant, etc. Le Nègre fuit ses originaires africaines trop lourdes à porter. « Honte de ses origines. Honte d'être noire. Honte de descendre d'Africains. Complexe d'infériorité. Manipulation. Trouble identitaire. Aliénation de la réflexion. Assimilation a deux revers ».

Le conflit intellectuel : Faute d'investigation historiographique et en raison du silence de l'école, le sujet a fini par croire que sa couleur de peau était un obstacle à l'intelligence humaine. La conscience agressive, en faisant croire aux Nègres que leurs ancêtres n'avaient été qu'une bande de bons à rien, a entraîné l'écroulement de leur « Moi Africain ». Pour le constater, il suffit d'aborder la question des inventeurs et savants noirs. Tout autant que vous n'avez pas montré les brevets officiels, personne ne vous croit. «Je suspecte les Nègres (...) d'être naturellement inférieurs à la race blanche (...) Sans faire mention de nos colonies, il y a des Nègres esclaves dispersés à travers l'Europe, on n'a jamais découvert chez eux le moindre signe d'intelligence», disait David Hume.

Le conflit historique : Le sujet a été persuadé par la conscience agressive que ses ancêtres sont passés du stade de sauvages cannibales non civilisés à celui d'humains civilisés en raison de l'esclavage et de la colonisation (mythe du sauveur blanc). Pour lui, les invasions européennes et arabes ont apporté à l'Afrique, bon nombre de techniques que celle-ci ignorait. Au-delà, il croit devoir sa liberté, plus à l'esprit « humaniste » des occidentaux (Schœlcher) qu'à celui de ses ancêtres. Tel est le résultat de la falsification de l'histoire du continent noir, de l'esclavage et de la colonisation. « Le silence sur la période esclavagiste s'accompagna du silence sur l'héroïsme des esclaves/ Si bien que de l'abolition de 1848, on ne retint ainsi que l'idéologie shoelchériste, le mythe du sauveur blanc, de la France émancipatrice et miséricordieuse ».

Le conflit culturel : Le sujet pense que la culture et la vision occidentale sont supérieures aux autres cultures. L'aliéné ignore la puissance de la production intellectuelle de ses propres ancêtres. Il va donc progressivement s'abandonner au complexe d'infériorité. Et pour masquer son état, il va s'occidentaliser et agir avec dédain envers ses frères de « race ». Ses arguments sont dignes d'un névrosé inculte. « Mais les blancs ont tout inventé, tu ne le vois pas », me lança un jeune étudiant africain inscrit à Sciences Po. Moi, je vois surtout l'état de son ignorance.

Le conflit social : Le sujet confronté à la Négrophobie sociale ambiante, choisi l'esquive. Il devient l'apôtre du métissage, de la mondialisation, de la vie en couple mixte. Pour lui, c'est la solution au problème du monde. Il a intégré l'hostilité de la conscience agressive mais refuse de l'affronter.

Le conflit idéologique : Le sujet considère que la culture africaine et afro-caribéenne sont dépassées par la culture occidentale qui représente la modernité. Son histoire, sa culture ne l'intéresse plus, c'est pour lui du passé. Il étudie la Renaissance européenne mais sourit lorsque, on lui parle de Renaissance Africaine.

Le conflit éducationnel : Le sujet va tout faire pour que ses enfants agissent, pensent et parlent comme de parfaits européens. Il choisira méticuleusement les jouets (poupée blanches) et les livres qu'ils auront à la maison. Il fabrique ainsi de véritables bombes psychologiques à retardement.

Le conflit de valorisation : Le sujet recherche un terrain de valorisation sociale pour masquer sa filiation africaine. Cette démarche peut prendre la forme d'une expression en langue française très sophistiquée (il whitise), d'une chasse obsessionnelle d'une âme sœur occidentale, d'une grande maîtrise de la littérature occidentale, du choix d'une voiture de gros gabarit alors qu'il vit dans un taudis, du choix exclusif de tenues vestimentaires de grande marque (clin d’œil aux Faroteurs coupé-décalé) etc.

Le conflit religieux : C'est le plus désastreux car la logique, la rationalité de la pensée sont aux abonnés absents. Le sujet est persuadé que c'est le Dieu de l'autre (blanc de préférence) qui sera sa planche de salut. Il ne perçoit pas l'universalité des croyances, ni l'universalité de Dieu mais ne voit que l'uniformité, la conformité et la soumission à un dogme religieux extra-africain, qu'on lui a généralement inculqué depuis l'enfance. Seul son passé d'ex-colonisé et son ignorance peut expliquer un tel comportement. Pour lui, la religion africaine n'est que sorcellerie (résultat de l'action des missionnaires) et n'a jamais pu faire germer l'idée d'un Dieu unique, créateur du ciel, de la terre et des hommes. L'aliénation culturelle dans ce domaine est astronomique.
Cependant, il existe une dualité insoupçonnée dans le conflit avec la conscience agressive, que nous révèle le professeur Grimaldi : « C'est l'ambiguïté par laquelle nous avons le sentiment d'être quand même l'objet de cette image que nous savons cependant que nous ne sommes pas. Nous nous sentons reconnu pour ce en quoi nous ne nous reconnaissons pas. Et c'est ce hiatus qui est insupportable ».

La dégradation du « Moi » d'un esprit culturellement aliéné.
A force d'être existentialisée et définie dans l'univers du paradigme occidental comme une espèce de sous-humanité, la conscience nègre a finit par croire en l'infériorité de son patrimoine historico-culturel et du coup a du mal à se positiver. Il en résulte une graduation notable de sa détérioration mentale que l'on peut percevoir comme suit :
— L'effacement du Moi : l'individu, se perçoit inconsciemment ou non en objet malléable et non en sujet responsable. Ce comportement source d'assistanat, est généré par exemple à la base par un système scolaire dans lequel il n'est jamais le sujet principal de la thématique étudiée.
— L'aliénation mentale : L'individu perçoit ses potentialités et les faits accomplis par ses ancêtres comme inférieures et glorifie les potentialités d'autrui. Ce comportement est sous tendu par un certain niveau d'ignorance.
— L'assimilation du Moi : L'individu cherche à ressembler au sujet hostile qui lui sert de modèle par souci de valorisation.
— La désintégration du Moi : l'individu décide de se projeter dans son sujet hostile et cherche à l'imiter sur tous les plans (langage, gestuel, épiderme...).
— La fuite du Moi : L'individu va contourner la perception sociale globalement négative de son être original et préférer le flou idéologique du mixage culturel (apôtre du métissage). Il fuit ainsi la lutte frontale.
— La déstabilisation du Moi : L'individu panique dès qu'il s'agit pour lui d'assumer seul ses responsabilités (c'est-à-dire, sans tutelle extérieure) et retarde le plus possible l'échéance.
— La désolidarisation du Moi : L'individu, hyper-sensible aux valeurs négrophobes véhiculées par sa société, va se désolidariser du groupe ciblé médiatiquement par les qualificatifs négatifs. Il va donc individualiser son existence pour tenter de passer outre les jugements esthétiques portés sur son essence culturelle africaine.
Cette détérioration est le fruit de l'évolution d'un contact hostile avec l'Europe, qui au fil du temps, distille subtilement aux jeunes consciences nègres, son venin idéologique. Quelles sont les caractéristiques de cette conscience déstabilisée :
— Principe de subordination : Le sujet ne s'autorise pas à penser par lui même et va toujours rechercher la tutelle intellectuelle du maître,
— Principe de complémentarité : Le sujet va chercher la zone de complémentarité avec le maître (la musique, le sport...)
— Principe de la fatalité : Le sujet va intérioriser son infériorité et l'hostilité ambiante sans se rebeller.
— Principe de la fuite en avant : Le sujet va éviter les zones de conflits avec le Maître.
— Principe d'auto-dévalorisation : Le sujet va dévaloriser ses potentialités et minimiser ses ambitions personnelles et collectives.
— Principe d'identification : Le sujet va s'identifier aux qualificatifs négatifs inculqués par la conscience hostile et voire même les idéaliser.
Pour comprendre les raisons de cette atrophie psychologique, il faut revenir en arrière et apprécier chronologiquement notre parcours historique. Il convient donc d'observer les phases suivantes :
La déshumanisation (époque de l'esclavage) : les Noirs étaient perçus comme des objets, des bêtes de somme, des biens meubles (Code noir),
L'humanisation coloniale (époque des abolitions) : Les abolitions ont entraîné une humanisation sélective des Noirs dont le patrimoine intellectuel et civilisationnel est toujours nié et ils ne peuvent jouir des fruits des avancées sociales ni des richesses qu'ils ont contribué à engendrer,
La déshumanisation moderne (époque des indépendances) : Toute souveraineté (foncière, financière, intellectuelle, spirituelle, économique, politique, culturelle...) est catégoriquement refusée aux Noirs qui doivent pour survivre, quémander de l'aide aux autres et s'enfoncer dans des relations internationales inégales basées sur l'assistanat et le racket de leurs richesses stratégiques.
La résignation (époque de l'assimilation et de la néo-colonisation) : Les Noirs, non préparés aux contraintes de la liberté, recherchent consciemment ou non, une tutelle spirituelle, économique et un paradigme étranger déjà codifié pour échapper à leur réalité et responsabilités.

L'aliénation culturelle, qui repose sur le socle de l'ignorance, engendre des crises de confiance et d'identité qui paralysent l'énergie créative d'un peuple et le maintient en servitude. En suivant cette voie, la mise sous tutelle occidentale de notre humanité africaine (culture, histoire, langue, stratégie de développement économique, épanouissement idéologique, éducation, religion, etc.) génère un statu quo qui ne peut qu'être inadmissible. Et c'est en cela que je comprends le grand Frederick Douglass, célèbre abolitionniste Africain-Américain, lorsqu'il disait que les Noirs ont cru que le problème était terminé avec l'abolition de l'esclavage. En fait, disait-il, le véritable problème a commencé au lendemain de l'abolition !

Le combat contre l’aliénation culturelle est donc le combat de l’Africain conscient contre les démons de l’impérialisme occidental qui veulent l’entrainer à détruire continuellement son essence originelle pour sacrifier sur l’autel de son aliénation/assimilation/désintégration, le sang de ses ancêtres nègres, qui coule dans ses veines !

Marcus Garvey disait :
"Si nous devons survivre, ce sera grâce à nos efforts, à notre propre initiative. Les faibles ne survivront pas dans les siècles durs, éprouvants, hérissés d’obstacles multiples qui vont suivre. Je fais appel à la fois à l’élite intellectuelle et aux communautés illetrées de notre race. Nous devons travailler ensemble. Ceux d’entre nous qui sont avantagés intellectuellement doivent faire preuve de patience envers les illettrés et les aider à voir clair. Si vous vous trouvez membres d’une même organisation, et que l’illettré essaye de vous mettre dans l’embarras, ne vous laissez pas emporter par une réaction de dégoût : souvenez-vous plutôt qu’il agit ainsi par ignorance. Votre devoir est d’être patient et de ne pas lui en tenir rigueur, car notre but consiste non pas à servir un intérêt personnel, mais à contribuer au développement de la race toute entière. C’est dans cette perspective, et au nom de cette conviction que je fais le sacrifice de moi-même pour aider cette race foulée aux pieds qu’est la mienne."